J'ai grossi. Entre 15 et 20 kilos. Le visage bouffi, un ventre gonflé de graisse. Je me reconnais à peine dans le miroir alors j'évite de me croiser, j'évite les miroirs. J'ai dû trier mes vêtements et mettre de côté les jeans dans lesquels mes cuisses ne passent plus et tous les petits hauts qui se ressèrent désormais sur mon gros ventre. On dirait un ventre tout rond de femme enceinte, 6 mois environ. Je garde les vêtements qui ne me vont plus pour plus tard. Au cas où. J'étais mince avant ce séïsme. Tout m'allait.

A 2,5 mg de zyprexa je ne sens toujours pas la satiété mais j'arrive maintenant à me limiter. Quoique je ne me jetais pas spécialement sur la bouffe non plus. Mais les petits plaisirs fromage ou sucrerie c'est fini. Je limite tout. Je remplace de plus en plus de repas par de simples soupes. Plus de desserts juste une ou deux clémentines. Je n'arrive pas à me motiver pour faire du sport, pas encore, peut être jamais. En fait je me dis qu'il faudrait aller courir tous les matins. Et puis tous les matins je me lève tard. Je ne travaille pas en ce moment alors je traîne. Le lever est difficile. Depuis que je prends du zyprexa je suis souvent un peu déprimée le matin et de meilleure humeur le soir. Ce phénomène s'est fortement accentué lorsque cela a tourné en dépression. Aujourd'hui la dépression est passée mais il reste ce petit rien de déprime et de mal être le matin. J'ai des envies mais je ressens peu de plaisir. La faute à la dopamine et la sérotonine sans doute limitées par le zyprexa.

Je n'ai arrêté de boire de l'alcool que pendant la période délirante. Lorsque le délire s'est éteint j'ai recommencé à boire de temps en temps. Le soir un apéro ou deux, ou bien un peu de vin rouge en mangeant. Avec l'alcool une sorte de légère euphorie revient. Légère, mesurée, sous contrôle. Ce zyprexa c'est comme avoir un casque en permanence avec des électrodes qui contrôle les sensations, les humeurs et le plaisir. Du coup je n'ai plus eu d'euphorie depuis un an et demi, plus de petits emballements de joie. Juste des satisfactions bien aplanies. Under contrôle. C'est une camisole chimique. Bien sûr c'était indipensable, bien sûr il faut faire avec mais c'est long, éperdumment long. Dans un témoignagne que j'ai lu sur un forum, un proche de quelqu'un sous zyprexa a utilisé le mot "veule". C'est un peu ça. Je suis sans force morale. Enfin moins maintenant depuis que les doses ont diminué. Mais je ne me retrouve pas encore tout à fait. Chose étrange je ne ressentais plus la colère non plus. J'ai eu mes premières colères en descendant à 2,5 mg. Un an et demi sans jamais être en colère. Je supportais tout, les petites et grandes contradictions m'étaient égales. Je ressentais moins d'affects de manière générale. J'avais même perdu ce petit étourdissement de plaisir lorsque mon compagnon et moi nous nous lovions dans les bras l'un de l'autre. Je ne lui ai pas dit. Mais à 2,5mg je le sens à nouveau un peu mais léger léger. Pendant tout ce traitement tout ce que je vivais et ressentais était lisse. En un sens c'était confortable, surtout avec l'anti-dépresseur où j'étais d'égale humeur pas tout à fait joyeuse mais certainement pas malheureuse. Lisse, aplanie.

Quant à mes capacités intellectuelles c'est étrange, je sens que certaines choses reviennent mais je me heurte vite à un mur, je ne peux pas aller jusqu'au bout. La mémoire n'est plus si bonne. La compréhension est là mais moins rapide. Je n'ai pas encore retrouvé mon rythme de pensée habituel. C'est long. Un an et demi de ralentissement forcé, combien de temps après l'arrêt va t-il falloir pour récupérer complètement ?

J'ai hâte à l'arrêt que j'espère définitif. Encore un mois à attendre.