Elles sont apparues dès le début de la bouffée délirante mais sont restée bien après. Au début il s'agissait d'une seule voix, à la tessiture très agréable d'ailleurs, envoûtante, séduisante. Une belle voix d'homme. Et puis il y a eu des voix métalliques qui m'ont fait penser à des extra-terrestres. Et des voix de gens de ma famille ou d'amis. Par moment elles étaient très nombreuses à d'autres il n'y en avait qu'une seule à s'exprimer. Et puis petit à petit ces voix se sont « déshumanisées ». Je ne les entendaient que dans les bruits environnants : le bruit d'un radiateur, le bruit du vent essentiellement, le bruit des moteurs quels qu'ils soient : voiture, sèche-cheveux... Je les entendais essentiellement dans les bruits de fond. Malgré leur caractère déshumanisé, c'est à dire sans tessiture humaine, je distinguais une voix d'homme et une voix de femme.

Au plus fort de mon délire, la première semaine, je luttais contre, intensément. Je me sentais violée mentalement et luttais pour que ces voix s'en aillent, les insultant mentalement, je leur répondais sans articuler un seul son, juste par la pensée. Et puis le temps a passé et mon opposition a été moins virulente, moins violente et les voix elles-même devenaient moins violentes mais pas forcément l'angoisse qui elle était très forte. Par moment je confondais les voix entendues dans ma tête et les voix plus ou moins bien perçues -extérieures- que j'interprétais et qui avaient un rôle dans mon délire.

Je dois avouer que j'ai eu des fous rires aussi par moment. Les voix avaient beaucoup d'humour. Il m'a semblé qu'elles en avaient plus que moi d'ailleurs. A d'autres moments elles étaient infantilisantes et je me vexais. Elles se mettaient aussi à chanter des chansonnettes pour enfants.

Autant elles sont apparues brusquement, autant elles sont parties lentement, très progressivement. A la fin ce n'était plus qu'un charabia incompréhensible. Je sentais qu'elles étaient là, que c'était elles qui s'exprimaient mais je ne les comprenais plus, cela devenait doucement inaudible.

Aujourd'hui je peux entendre le vent, l'écouter sans qu'il me parle, je peux conduire sans entendre des discours dans le bruit du moteur. Pourtant j'écoute encore, je suis aux aguets j'essaie de discerner des syllabes dans le vent mais non, c'est fini, il n'y a plus de sens, il n'y a plus de voix.